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Grèce : et si on essayait le vrai libéralisme ? | GenerationLibre

Grèce : et si on essayait le vrai libéralisme ?

Par GenerationLibre

La Grèce est de nouveau au bord du défaut de paiement : la crise grecque est de retour. La cause est entendue : ce sont les politiques « néo-libérales » de la « Troïka » qui ont ruiné l’économie (le PIB s’est contracté d’un quart depuis 2008, l’investissement de deux tiers !) et le refus de Syriza de les poursuivre qui risque de conduire au défaut en l’absence de nouveaux déboursements de la zone euro et du FMI. Mais en quoi au fond l’approche poursuivie depuis 2010 est-elle libérale ?

Certes, la Commission européenne, la BCE et le FMI ont imposé depuis 2010 des politiques de libéralisation dans le cadre du « Memorandum » détaillant les réformes à mettre en œuvre par la Grèce : assouplissement du marché du travail, ouverture à la concurrence des secteur protégés, libéralisation des industries de réseau, privatisation. Dans les faits, seule la réforme du marché du travail a été mise en œuvre à marche forcée : le salaire minimum a été fortement abaissé (-22% depuis 2012) et le droit du travail a été largement démantelé pour ce qui concerne la négociation collective. Le niveau moyen des salaires a baissé de 16% depuis 2009. Pour le reste, les réformes n’ont pas été mises en œuvre avec la même vigueur : le niveau des prix reste trop élevé au dire même du FMI en l’absence d’une amélioration notable des conditions de concurrence. Les privatisations devaient atteindre €50 milliards mais les revenus tirés depuis 2010 se limitent à €3 milliards. La population grecque se retrouve donc dans la pire des situations : ses revenus ont baissé très fortement, mais les prix sont restés élevés, et les impôts ont fortement augmenté.

Pire encore, le poids de l’endettement a continué à augmenter. L’endettement privé reste très élevé car les mauvaises créances accumulées dans le secteur bancaire n’ont pas été nettoyées. Les mauvaises créances représentent plus de 40% des encours de crédit détenus par les banques. L’endettement public est passé de 148% du PIB en 2010 à 174% en 2014, en dépit d’une restructuration de la dette obligataire privée en 2012. Les coupes brutales dans les dépenses et la hausse de la fiscalité ont permis à la Grèce de dégager en 2014 un excédent primaire, mais la déflation en cours rend impossible toute baisse durable des ratios d’endettement.

Au final, la Grèce est dans l’impasse. Le temps presse et les fonds manquent. Les Européens essayent d’imposer au gouvernement de Syriza la poursuite de politiques qui ont échoué. Les Grecs n’ont d’autre option que d’obéir, en espérant gagner du temps et négocier les termes d’un nouveau contrat plus favorable, mais sur quelles bases ? Une sortie mal préparée de la Grèce de l’euro condamnerait le pays à vivre un nouveau crash économique violent. Le gouvernement grec propose une restructuration de la dette en restant dans la zone euro, mais les européens ne semblent pas prêts à changer fondamentalement la stratégie poursuivie depuis 2010. La Grèce est-elle donc condamnée à rester l’homme malade de la zone euro ?

Il est temps de sortir de cette impasse par une approche authentiquement libérale.

Une approche libérale pour la Grèce, c’est construire une vraie économie de marché, débarrassée de la corruption, du clientélisme et de la fraude fiscale généralisée qui gangrène l’ensemble de la société. Le secteur public est en cause, mais aussi et surtout le secteur privé, ses cartels néo-mafieux, ses fortunes construites sur la corruption, l’évasion fiscale et la capture des gouvernements. Rien ne changera en Grèce si l’élite économique ne change pas radicalement ses pratiques. C’est aussi bâtir une stratégie de croissance soutenable et reconstruire un secteur productif en Grèce décimé par un taux de change réel surévalué et le sous-investissement. Moderniser la structure économique grecque au sein de la zone est l’objectif ultime, mais prendra du temps et rendra nécessaire de rompre avec les politiques imposées par l’Union européenne qui ont échoué.

Une approche libérale pour la Grèce, c’est aussi rompre avec la mise sous tutelle d’un pays entier par une technocratie arrogante et redonner aux Grecs la pleine responsabilité de leurs actes. On ne réforme pas les structures économiques d’un pays sous tutelle. Cette approche est malsaine et a partout échoué. La Troika a déresponsabilisé les grecs. Changer les lois ne suffit pas, il faut les appliquer et seule la société grecque peut l’assurer en adhérant sincèrement au changement. Les Européens peuvent conclure un contrat avec le gouvernement grec légitime, mais ce contrat doit s’en tenir aux objectifs et aux principes.

Une approche libérale pour la Grèce, c’est enfin, pour les créanciers, de prendre leur juste perte. De 2000 à 2010, la Grèce a accumulé une dette publique et privée colossale, portée par la fausse sécurité promise avec l’entrée dans l’euro. Les créanciers se sont gravement trompés dans leur appréciation du risque : non la Grèce n’était pas devenue en un clin d’œil l’équivalent méditerranéen de l’Allemagne ; non, le système fiscal n’était pas fiable ; non, l’Allemagne ne garantirait pas les dettes grecques en cas de crise. La richesse créée par cette dette était artificielle, elle a été effacée avec la crise. Seule la dette est restée, pour l’essentiel, car les Européens n’ont pas eu le courage de prendre leurs responsabilités. Entre 2010 et 2011, plus de 100 milliards de créances ont été cédées par les porteurs d’obligations étrangers quand l’Eurogroupe prétendait encore qu’une restructuration de la dette n’était pas nécessaire. En 2012, la dette privée a été restructurée, mais dans des conditions telles que la Grèce a été obligée de réemprunter des fonds pour compenser en partie ses créanciers en cash et pour recapitaliser ses propres banques. Dans une économie de marché saine, un investisseur mal avisé doit subir les conséquences de ses erreurs de jugement. Il est trop tard de faire payer les créanciers privés d’origine, mais pourquoi continuer à faire payer au seul peuple grec cette erreur collective ?

Bien sûr, Syriza n’est pas le meilleur partenaire pour mettre en œuvre une telle approche, mais certaines figures en sein sont pragmatiques. L’Europe doit retrouver le sens du mot responsabilité, et le chemin d’une approche libérale authentique.

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