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Pour être branché, débranchez-vous

J’ai profité de la trêve des confiseurs pour faire la grève des routeurs et réaliser un vieux fantasme : rester déconnecté durant dix jours de tous les réseaux sociaux. Riez, riez : ce n’est pas si facile. Selon un récent sondage britannique, plus de la moitié des adultes se déclarent accros. Non sans raison : des chercheurs de Harvard concluaient il y a quelques années que Facebook et Twitter étaient au moins aussi addictifs que l’alcool et la nicotine, car parler de soi activerait dans le cerveau les noyaux accumbens de la zone prosencéphalique, responsables du sentiment de récompense, de plaisir et d’accoutumance. Et je dois reconnaître que, bien souvent, je me trouvais au bord de la rechute, en particulier ce soir de voeux où François Hollande a déclaré aux Français : « Je suis fier de vous ». Je dus faire un effort surhumain pour ne pas répandre sur Twitter toute ma bile contre ce paternalisme condescendant. La tentation était partout : même le dernier « Astérix » (ma meilleure lecture de vacances, chaudement recommandée) met en scène un druide entouré des oiseaux bleus familiers des twittos.

Le résultat de cette expérience, passé les premiers et douloureux moments du sevrage, c’est, je dois le reconnaître, une certaine paix intérieure. On se surprend à développer des sentiments non partageables, des pensées de plus de 140 signes et des jugements qui ne se résument pas au like. On retrouve, restée discrètement intacte malgré toutes ces années de multitasking, sa capacité de concentration et d’attention. Pascal écrivait en des pages fameuses que « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre ». Aujourd’hui, tout notre malheur vient peut-être de ne pas savoir demeurer sans wi-fi dans une chambre.

Mais je suis décidément toujours en retard d’une mode. De même que j’ai adopté les réseaux sociaux après tout le monde, je me suis aperçu que la déconnexion était devenue on ne peut plus tendance et se pratiquait de manière encore plus poussée sous forme de « digital detox ». J’ai reçu au moins une dizaine d’e-mails de réponse automatique m’indiquant que mes correspondants resteraient obstinément « sans connexion Internet et sans couverture réseau ». Des hôtels proposent des forfaits de luxe sans connexion possible. L’écrivain Zadie Smith utilise un vieux téléphone sans applications et installe des logiciels de blocage des réseaux sociaux pour pouvoir écrire sereinement ; certains de ses collègues jusqu’au-boutistes travaillent sur la Hemingwrite, une… machine à écrire dernier cri qui ne propose qu’un simple traitement de texte et une sauvegarde sur le cloud. L’actrice Lena Dunham, le DJ Deadmau5 ou la pop star Ed Sheeran (et même, dans un autre style, notre Michel Onfray national) ont récemment fermé leur compte Twitter. Pour être branché, débranchez-vous.

Au-delà des DJ et des philosophes, la déconnexion s’imposera naturellement comme un sujet social majeur. Ce n’est pas un hasard si deux récents rapports sur le droit du travail à l’ère numérique, signés Bruno Mettling et Denis Pennel, proposaient d’introduire un « droit à la déconnexion » dans les droits fondamentaux du travailleur 2.0. L’employeur, ou le donneur d’ordre, ne comptera plus le temps de repos, ou le temps de vacances, mais le temps de déconnexion. L’icône réseau remplacera la machine à pointer.

La déconnexion deviendra d’autant plus précieuse que les limites de la connexion vont être repoussées. Dans son dernier ouvrage de vulgarisation (« The Brain : The Story of You », deuxième lecture de vacances recommandée), le neuroscientifique David Eagleman imagine un avenir proche où le réseau sera directement installé dans notre cerveau, sous forme d’un « nouveau langage vibratoire ». Il serait donc possible d’afficher Google dans notre flux de conscience, et de poster nos fantasmes sur Instagram. Le moi pourrait se dissoudre dans le réseau, et nos esprits s’agréger dans la noosphère rêvée par les philosophes.

L’ultime refuge de notre individualité, et la pierre de touche de notre liberté, sera donc de pouvoir s’isoler du réseau. Mais se déconnecter n’ayant de sens que si l’on se reconnecte, je vais m’empresser de twitter cet article.

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