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Confession d’un libéral, Mario VARGAS LLOSA | GenerationLibre

Confession d’un libéral, Mario VARGAS LLOSA

Dans un article récent paru dans le Monde, Mario Vargas Llosa, écrivain, essayiste et Prix Nobel de littérature, né au Pérou en 1936 et témoin des transformations du continent sud-américain, revient sur sa vision du libéralisme. Castriste un temps, Vargas Llosa s’oriente vers le libéralisme dans les années 1970 et revendique, depuis, fièrement sa conviction libérale. Son livre “Les enjeux de la liberté” soulève les thèmes principaux de la culture de la liberté. Nous l’avons lu pour vous.

Rares sont les mots qui jouissent de multiples interprétations. L’adjectif « libéral », comme le souligne Vargas Llosa, en est un. Connoté de gauche dans le milieu anglo-saxon et américain, le libéralisme est, en Europe et en Amérique latine, au contraire perçu de droite. « La perversion sémantique a transformé la signification originale du mot –  ‘amant de la liberté’, une personne qui se dresse contre l’oppression – pour en venir à désigner un conservateur ou un réactionnaire »1. Outrepassant la sphère politique, « ma grand-mère Carmen l’employait pour désigner un homme aux mœurs dissolues » (Vargas Llosa). Ces digressions sémantiques ont dévoyé le sens du mot « libéralisme ». Edifié en idéologie politique, le libéralisme s’est éloigné de son essence philosophique de base : « une doctrine ouverte et évolutive qui s’incline devant la réalité au lieu de s’entêter à faire plier la réalité »2. Une doctrine ainsi naturellement caractérisée par l’existence de différentes chapelles au sein des libéraux.

Considérant la liberté comme une valeur cardinale, les principes fondamentaux défendus par les libéraux sont la propriété privée et l’Etat de droit. Comme le rappelle Vargas Llosa, se référant à Frierich Hayek, la liberté de commerce et de produire est inutile si un ordre légal solide ne garantit pas la propriété privée et un pouvoir judiciaire indépendant3. Les mauvaises langues aiment décrire les sociétés libérales comme des espaces corrompus et injustes. L’exemple du vitrier de Manchester, conté par Mario Vargas Llosa dans Les Enjeux de la Liberté, prouve tout le contraire. Remarquant que plus aucun de ces producteurs ne concédait de baisse de prix, l’artisan décida de se plaindre auprès de Margaret Thatcher, alors chef du gouvernement, de ce manque de compétition anormal. Cette lettre déclencha l’ouverture d’une enquête qui révéla quelques mois plus tard l’existence d’un cartel sur le prix du verre. « Un inconnu sans nom et sans fortune arrive parfois à renverser des gens très hauts placés, au profit de toute la communauté »4. Cette anecdote illustre parfaitement comment les dysfonctionnements d’une société libre peuvent être corrigés par le civisme et la confiance dans le système.

Sur les questions sociétales et économiques, les avis, en revanche, divergent : la place de la religion, la dépénalisation des drogues et la vision sacro-sainte du marché sont des sujets qui sèment le débat. La diversité des libéraux et l’expérience politique le confirment, le libéralisme n’est donc ni de droite, ni de gauche. En témoignent les réformes libérales portées par les gouvernements de Ronald Reagan, Margaret Thatcher et José Maria Aznar et, de l’autre côté du spectre, par Tony Blair, Ricardo Lagos au Chili et José Mujica en Uruguay.

En Amérique latine, Mario Vargas Llosa voit d’un bon œil le virage des gouvernements de gauche, progressivement plus favorable au marché, afin d’accélérer le progrès économique et la justice sociale. L’anecdote de Che Guevara, racontée dans Les Enjeux de la liberté, est à ce titre éclairante : l’anniversaire de mort d’Ernesto Guevara, héros légendaire de la révolution cubaine et symbole mondial de la révolte étudiante, passe aujourd’hui totalement inaperçu. Cet exemple concret illustre comment la réalité des évènements de l’histoire contemporaine, poussant dans une direction presque opposée au message du Che, a permis d’ouvrir les yeux et de dépasser le mythe : « derrière les barbes et les cheveux au vent de ce modèle qui voilà vingt ans ressemblait à un général idéaliste, se devine la silhouette fanatique et lâche du terroriste »5.

Si l’Amérique latine est progressivement sortie de l’autoritarisme et de la pauvreté, les progrès économiques et la justice sociale souffrent encore des politiques démagogues. Mario Vargas Llosa dénonce, dans son article, le populisme comme le principal obstacle au progrès et au plein exercice de la démocratie. La politique interventionniste de Cristina Kirchner, sa violence à l’égard de la presse et ses discours rhétoriques ont considérablement affaibli le pays.

« L’idéal démocratique, ce sont des gouvernements très efficaces et des gouvernants presque invisibles qui se confondent avec les autres citoyens»6. Si ce modèle reste à ce jour de l’ordre de l’idéal, les professions de foi libérales, à l’image de celle de Mario Vargas Llosa, ouvrent une réflexion pour y parvenir.


1 « Confessions d’un libéral », Le Monde, 06/09/2014.

2 Ibid.

3 VARGAS LLOSA Mario, Les enjeux de la liberté, Gallimard, 1997, p141.

4 Ibid. p 87.

5 Ibid. p 208.

6 VARGAS LLOSA Mario, Les enjeux de la liberté, Gallimard, 1997, p 25.

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