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Les sources libérales de la psychanalyse

#Freudo-libéralisme

Dans cet essai publié par l’Institut Coppet, Raphaël Krivine interroge les liens entre psychanalyse et libéralisme. Souvent considérée en France comme une valeur de gauche, la psychanalyse partage pourtant un certains nombres de concept avec le libéralisme. « La psychanalyse n’est-elle pas beaucoup plus ‘soluble’ dans le libéralisme qu’elle était censée l’être dans le marxisme et le socialisme ? (…) La psychanalyse et le libéralisme ne sont-ils pas deux des mamelles qui ont nourri le progrès des pays occidentaux au cours du siècle dernier ? ». Cet essai définit et délimite les contours de ce que l’auteur nomme le « freudo-libéralisme ».

 

« Freudo-libéralisme », les liens entre libéralisme et psychanalyse en question

 
Assimilée à une force « progressive » et « rationaliste », la psychanalyse a longtemps été considérée comme un concept de gauche. A l’inverse, trop souvent considéré comme une idéologie de droite, le libéralisme est rarement vu comme ce qu’il est, une philosophie à part entière n’étant ni de droite, ni de gauche. Pourtant, selon l’auteur, « la simultanéité du développement de la psychanalyse et de la pensée libérale viennoise n’est peut-être pas le fruit du hasard ».

Né à Vienne en 1850, Freud est le contemporain des grands économistes libéraux autrichiens Ludwig Von Mises, Friedrich Von Hayek et Karl Popper. Ayant traduit plusieurs essais de John Stuart Mill (1806-1873) pendant son service militaire, Freud fut indéniablement marqué par les écrits libéraux du XIXème siècle. Le libéralisme social de Mill, reposant sur une conception libérale de l’individu et une vision idéale et utopiste de l’avenir de l’homme, a su imprégner le jeune Freud. A propos de Mill, il écrivit qu’ « il fut peut-être, en ce siècle, l’homme qui sut le mieux se libérer des préjugés courants ».

Le développement de la psychanalyse a, par ailleurs, été favorisé dans le contexte politique et culturel des démocraties libérales. Les pays les plus libéraux, comme les Etats-Unis et l’Angleterre, ont largement contribué au développement de la psychanalyse. En France, c’est essentiellement la gauche qui s’est appropriée le champ de la psychanalyse ce qui explique, encore aujourd’hui, l’ancrage à gauche de la discipline freudienne.

 

« Freudo-libéralisme » et « freudo-marxisme », divergences et convergences

 
Les notions de propriété de soi et de responsabilité individuelle sont au cœur de la psychanalyse et de la pensée libérale. L’idée d’un individu souverain et propriétaire de soi existe depuis Locke et est au cœur du processus de la psychanalyse. L’autonomie est la pierre angulaire du libéralisme, tout comme comme elle est essentielle d’un point de vue psychanalytique. Pour la psychanalyste Françoise Dolto, l’éducation des enfants, par exemple, doit se résumer ainsi : « Laissez votre enfant libre, mais soyez libre aussi. Empêchez votre enfant de vous gêner dans votre propre activité, mais ne le gêner pas dans la sienne ». De même, alors que le libéralisme défend le principe de responsabilité de l’individu, la psychanalyse, en permettant à l’individu de comprendre pourquoi la raison de ses décisions et ses actes, maximise sa responsabilité.

Certains parallèles peuvent aussi être établis avec le marxisme – le caractère révolutionnaire, la volonté de libérer l’homme, l’idéal de justice sociale, la méfiance à l’égard des religions… – mais le philosophe Louis Althusser rappelle une divergence essentielle : la perception de l’individu. Freud s’intéresse avant tout aux effets de l’inconscient en œuvre dans l’individu et sur l’individu. Il exprima d’ailleurs son très fort scepticisme à l’égard des soviets, et réciproquement. Le « freudo-marxisme » s’est avéré une « voie sans issue ».

Dans le monde d’aujourd’hui où le progrès des NBIC et l’émergence du transhumanisme remettent en question le rôle et la place de l’homme tels qu’on les appréhendait jusqu’à présent, « l’inconscient – notre histoire personnelle, celle de nos grands-parents, de nos parents, de notre enfance, de nos désirs, etc. – restera la propriété ultime de chacun », ou alors… « une nouvelle forme de totalitarisme aura vu le jour ».

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