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Jean TIROLE : puissance du marché et de la régulation | GenerationLibre

Académie royale suédoise des Sciences - 13/10/2014

Jean TIROLE : puissance du marché et de la régulation

Jean Tirole, ancien élève de Polytechnique et Président de la School of Economics de Toulouse, a remporté le Prix Nobel d’économie 2014 pour ses travaux sur l’organisation industrielle et la régulation des oligopoles. Le Comité a voulu récompenser l’ampleur des travaux de Jean Tirole et la minutie de son analyse sectorielle. L’influence de ses analyses sur la régulation des oligopoles a notamment été soulignée. L’Académie royale suédoise des Sciences a publié, le 13 octobre 2014, une synthèse des travaux de Jean Tirole.

 
Le champ de l’organisation industrielle étudie la manière dont les marchés fonctionnent, et plus spécifiquement, comment les entreprises exercent leur puissance de marché en situation de concurrence imparfaite et quelles peuvent être les justifications à une intervention de l’Etat. La pensée dominante a longtemps été de considérer la régulation des oligopoles de façon globale.

 
Jean Tirole est le premier universitaire à avoir éclairci les théories de l’organisation industrielle secteur par secteur et à les avoir déclinées en modèles pratiques. Ses travaux ont permis de mettre au point de nouveaux critères d’organisation dans l’industrie et la régulation et de définir un cadre conceptuel clair. Ses travaux sur les oligopoles qu’il mène depuis les années 80 ont permis à Jean Tirole d’identifier le niveau optimal de régulation de certaines industries et de montrer que les arguments justifiant l’intervention publique se résumaient souvent à des problèmes d’informations asymétriques et d’engagements crédibles.

 
Le génie de Jean Tirole tient en partie au fait d’avoir réussi à créer un modèle de l’organisation industrielle et de la régulation malgré le problème majeur, lié aux oligopoles, de l’absence d’informations complètes sur des points tels que les coûts et les prix dans les sociétés. A propos de la régulation des entreprises dominantes, Ronald Coase soulevait déjà en 1945, la difficulté, pour le régulateur, de décider de l’utilisation de fonds publics ou non, faute d’une connaissance complète du fonctionnement de chaque entreprise. Les travaux de Jean Tirole et Jean-Jacques Laffont ont précisé ce problème essentiel d’asymétrie d’information. Le régulateur ne pouvant facilement savoir si la firme régulée fait de son mieux pour garder ses coûts de productions bas, ou quel serait le coût nécessaire pour augmenter la qualité de sa production, il peut aisément se retrouver confronté à d’excessifs dépassements du coût estimé ou à une croissance insuffisante, malgré d’importantes subventions versées. Par ailleurs, le risque de voir une entreprise régulée effectuer peu d’investissements de long terme, faute d’incitations suffisantes existe. Tout comme le cas où le régulateur, n’étant pas en mesure de signer des contrats de long terme avec l’entreprise régulée, se voit contraint de signer une série de contrats périodiques provoquant un « effet cliquet » : anticipant l’amélioration des résultats requise par le régulateur si l’entreprise présente de bons résultats, l’entreprise régulée a peu d’incitation à faire mieux.

 
Pour faire face à ces problèmes informationnels, le modèle mis au point par Tirole et Laffont s’appuie sur le contrat comme outil efficace pouvant être conclu en dépit d’un accès déséquilibré à l’information. Ils préconisent d’avoir recours à des contrats incitatifs, spécifiques à chaque secteur. Par ailleurs, les travaux de Tirole, Freixas et Guesnerie furent les premiers à mettre en lumière cet « effet cliquet » et conclure qu’il est parfois préférable pour le régulateur de sacrifier un rendement à court terme pour inciter l’entreprise à partager plus d’informations quant à ses coûts de production pour aboutir à des rendements sur le long terme.

 
Outre le contrat, Jean Tirole s’est appuyé largement sur la théorie des jeux pour concevoir son modèle théorique. D’un point de vue historique, le rapport de l’Académie royale des Sciences suédois rappelle que la première littérature relative à l’organisation industrielle remonte à la première moitié du XXe siècle puis à l’Ecole de Chicago qui a conceptualisé, dans les années 60-70, les modèles de concurrence pure et parfaite et de situation imparfaite de monopole. Dans les années 80, la théorie des jeux est devenue le paradigme dominant pour l’analyse de la concurrence imparfaite. L’œuvre de Jean Tirole est une référence dans l’analyse de la révolution de la théorie des jeux dans l’organisation industrielle. La théorie économique ayant progressivement intégré l’importance des nouvelles technologies dans l’analyse économique de la croissance et de la concurrence, Jean Tirole étudie, dès les années 80, le processus d’intégration d’une nouvelle technologie par une entreprise. Si le coût d’acquisition d’une nouvelle technologie est élevé au début, ce coût diminue avec le temps, mettant les entreprises qui ne se procurent pas l’outil innovant dans une situation de désavantage concurrentiel. Les politiques industrielles actuelles doivent faire face à de nouvelles formes de concurrence, émergeant avec les technologies nouvelles. Jean Tirole s’est particulièrement illustré dans l’analyse de ces changements.

 
Enfin, les travaux de Jean Tirole ont la spécificité d’analyser de façon concrète, et par secteur, les applications de la régulation industrielle. Les secteurs des télécommunications et la banque ont particulièrement retenu son attention. L’industrie des télécommunications, longtemps monopolistique en raison des coûts fixes initiaux importants pour construire un réseau, est devenue compétitive à partir de la vague de priv      atisations menée dans les années 80. Les travaux de Jean Tirole étudient l’émergence de la concurrence dans cette industrie des télécommunications. A propos de la régulation des banques et des marchés financiers, Jean Tirole considère les crises comme des symptômes d’une défaillance des institutions étatiques. Considérant l’interconnexion des banques, l’asymétrie d’information des agents économiques – les clients des banques, par exemple, ne se sont pas en mesure d’évaluer la santé des banques auxquelles ils prêtent – et la place croissante des autorités indépendantes, les travaux de Tirole plaident pour une meilleure intervention étatique, via une régulation spécifique, prenant en considération le risque d’aléa moral.

 
Jean Tirole rappelle, tout au long de ses travaux, que toute politique de régulation doit être spécifique à l’industrie à laquelle elle s’applique. La caractéristique essentielle des travaux de Jean Tirole est d’avoir non seulement développer des cadres conceptuels théoriques clairs mais de les avoir surtout adaptés aux caractéristiques particulières d’industries spécifiques.

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