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La médecine sans médecin ? | GenerationLibre

Le numérique au service du malade

La médecine sans médecin ?

Dans cet essai, paru début 2015 aux éditions Gallimard, Guy Vallancien, chirurgien urologue et membre de l’Académie nationale de médecine, décrit l’émergence de ce qu’il propose d’appeler la « média médecine ». L’innovation technologique et l’irruption du numérique bouleversent les pratiques médicales et le système de soins dans sa globalité. Porteuses de progrès considérables pour le patient, ces mutations doivent être anticipées pour envisager une transformation profonde de notre système de santé.
 

L’émergence de l’hôpital high tech connecté

Les progrès techniques et informatiques du XXIe siècle bouleversent de plein fouet la pratique traditionnelle de la médecine. Alors que des instruments et des machines viennent interférer entre le médecin et le patient, « les mains du médecin n’ont plus besoin de palper, ses oreilles n’ont plus besoin d’entendre et ses yeux ne voient pas l’intérieur du corps ». C’est l’émergence de la « média médecine ».

Désormais, la médecine devient, grâce à la combinaison de l’information et des sciences cognitives, une médecine numérique, dématérialisée et prédictive. Pour la première fois, le médecin n’est plus l’unique détenteur du savoir médical. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle et le Big Data permettent la réalisation de diagnostics de plus en plus affinés. Le partage des données, l’Open Data, permettrait – si le gouvernement acceptait de déverrouiller l’accès aux données médicales[1] – d’optimiser la recherche et le suivi des soins. Par ailleurs, la multiplication des applications de santé en tous genres fait de chaque patient son propre médecin. « La pratique médicale se détache inexorablement du contact direct entre soignant et soigné » et l’apparition de nouvelles habitudes en matière de santé implique une nouvelle organisation du système de soin.

Ces innovations rendent nécessaire une nouvelle définition du champ d’action des professionnels et des modes traditionnels d’organisation. Avec l’appui technologique de l’ordinateur qui constitue une véritable « aide à la décision », la scission entre l’univers médical et paramédical devient superflue : « valoriser les métiers dits paramédicaux en les intégrant dans les métiers médicaux ne peut que participer à l’amélioration du système ». Par ailleurs, la dispersion des modes d’exercice de la médecine (public, à but non lucratif et privé) et les différents systèmes de rémunération (honoraires et salaires) constituent des freins à la restructuration de l’offre médicale.

Le conflit entre secteur public (hôpitaux) et privé (cliniques) ne mène à rien. « Un chirurgien public et son confrère libéral utilisent les mêmes instruments, les mêmes salles d’opération, les mêmes personnels. Au nom de quel curieux principe seraient-ils rémunérés différemment en mode et en niveau ? ». Une convergence public/privé – par le biais de concessions de service public aux hôpitaux privés par exemple – et une harmonisation des rémunérations – par le paiement à la capitation par exemple (paiement du médecin par tête de malade selon un coût annuel moyen) – permettrait de rationnaliser le système. Mais la vision politique d’un grand service hospitalier public obstrue le champ de la réflexion.

« Le danger d’une étatisation rampante de l’offre médicale plane sur nos têtes. Sa conséquence inéluctable en serait la vraie médecine à deux vitesses ». Aujourd’hui, la médecine libérale – ni subventionnée, ni remboursée – ne représente plus que 0,3% de l’offre. Toutefois, elle pourrait, en réaction aux contraintes administratives de plus en plus lourdes, finalement ressurgir. Apparaitrait alors un modèle dual avec d’une part, une médecine privée pour les « riches » ; et d’autre part, une médecine subventionnée pour les « pauvres ».
 

De l’artisanat à l’industrie du soin

« Si la qualité technique de la médecine française reste l’une des meilleures du monde grâce au progrès, la distribution des soins, à l’inverse, n’a guère évolué depuis le Moyen Âge ». Alors que les places en hôpital sont chères et que l’expérience d’une hospitalisation laisse rarement un bon souvenir, il est temps de construire l’ « hôpital modulable ».

Un schéma dissociant soins médicaux et soins de support s’impose : « à l’avenir, les malades arriveront directement de chez eux pour entrer en salle d’opération après être passés dans la structure d’accueil et de vérification adaptée (…). Le séjour à l’hôpital sera strictement limité aux moments critiques puis, très rapidement, les opérés retourneront à l’Hostel ou directement chez eux, sachant que 80% des opérations chirurgicales s’effectueront en ambulatoire sans passer une nuit à l’hôpital ». Une telle organisation permettrait, par ailleurs, d’alléger les coûts hospitaliers – souvent nettement supérieurs à la hauteur des prestations – et d’optimiser, sachant que le taux de remplissage des lits oscille entre 58 et 70% en moyenne à l’hôpital, la gestion des places.

Cette réorganisation du système de soins passe notamment par une réforme de la formation. Si l’université enseigne, en l’état actuel des choses, le savoir, elle ne s’intéresse pas au « savoir faire ». Alors que des pays comme le Canada et les Etats-Unis ont personnalisé la sélection afin de mieux choisir les étudiants, la France ne laisse aucune chance aux étudiants issus de filières non scientifiques et reste figée dans son numerus clausus. A l’heure où de plus en plus d’étudiants en médecine vont se former à l’étranger et où le numerus clausus est submergé par l’Europe, il est temps de revoir notre modèle de formation.

Abroger le monopole public de l’enseignement apporterait une solution à l’enseignement de masse français et à la pauvreté de nos universités. Ouvrir la formation à des facultés de médecine privées, sur le modèle de la « Catho » en France permettrait d’améliorer l’enseignement professionnalisant, de rendre plus attractive la rémunération des enseignants et de sélectionner les étudiants dès l’entrée en première année (toutes disciplines confondues, moins d’un étudiant sur deux termine son cursus en France vs 80% aux Etats-Unis). De même, libérer la recherche du poids de l’administration – 40 à 50% du temps d’un directeur de recherche est alloué à l’administratif – minimiserait l’expatriation de nombreux jeunes chercheurs à l’étranger.
 

Du progrès à l’éthique : de la nécessité de lever certains tabous

L’allongement continu de la durée de vie et les progrès dans la connaissance du processus de la mort posent de nombreuses questions concernant le traitement de la « fin de vie ». Partant du principe que « le droit à mourir dans la dignité, en pleine possession de ses moyens intellectuels, s’inscrit parfaitement dans la définition du droit de la personne et de sa liberté », il semble évident que l’on ait le droit d’aider à mourir sans enfreindre la loi. Mais, partant de ce présupposé, en quoi le médecin, dont le rôle est, selon le serment d’Hippocrate, de maintenir la santé et la vie, serait-il le seul capable de porter cette responsabilité ?

La fin de vie étant une affaire personnelle dans laquelle nul, pas même le médecin, n’a le droit d’ingérence, une démédicalisation de la mort permettrait d’apaiser les débats autour de cette question, et de garantir un environnement plus paisible. « On me vole ma mort dans cet environnement hyper-technique qui me rend « chose » plus qu’ « être » en partance vers une autre vie ou vers le néant, selon mes convictions ». L’accompagnement des mourants est une lourde responsabilité que la société doit prendre en charge, en déplaçant le rôle du médecin. A l’heure où 7 hommes et 6 femmes sur 10 meurent à l’hôpital et souvent seuls, le « bien mourir » constitue l’enjeu sociétal d’aujourd’hui.

Après la question de la mort, vient celle de l’immortalité. Dans la lignée du courant transhumaniste né dans la Silicon Valley, l’homme augmenté – désigné « H+ » – entre aujourd’hui dans l’ère du « post humain ». Les projets phénoménaux menés par le laboratoire Google X et autres GAFA posent, eux aussi, des questions d’ordre éthique. A l’heure où les scientifiques savent désormais déchiffrer et répliquer le génome, le risque d’eugénisme ne semble plus très loin. « L’homme augmenté jusqu’où ? Mais surtout, pourquoi ? ». Voilà toute l’ampleur du défi auquel nous sommes aujourd’hui confrontés.


[1] Voir la note de GenerationLibre sur le sujet : Open Data santé : rendre publiques les données de la Sécurité Sociale

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