Notice: Trying to get property of non-object in /home/generatiy/dev/wp-includes/comment-template.php on line 1194
L’ère numérique, un nouvel âge de l’humanité | GenerationLibre

L’ère numérique, un nouvel âge de l’humanité

Serial entrepreneur et « Digital Champion », responsable des enjeux de l’économie numérique, auprès de la Commission européenne, Gilles Babinet livre dans cet essai, paru en 2014, son analyse de la révolution numérique en cours et des mutations technologiques dessinant le monde de demain.

Naissance d’un nouveau paradigme : l’accélération de l’Histoire

Elu premier président du Conseil national du numérique (CNN) en 2011, Gilles Babinet fait son entrée dans le monde politique. Cet événement marque le début de la réflexion qui aboutira à ce livre : la haute fonction publique qu’il découvre, aussi brillante soit-elle, est largement déconnectée du monde numérique en pleine effervescence. Défendant un système dépassé, l’élite reste attachée au modèle du XXème siècle de la seconde révolution industrielle. Cet essai porte sur ce monde, ignoré par l’élite, qui émerge depuis la fin du plein emploi et le début de la crise énergétique, et sur ces nouvelles modalités, des révolutions technologiques dans divers secteurs à l’implication croissante de la société civile.

La révolution numérique, depuis ses débuts, entraîne toutes les disciplines dans son sillage. Comme le décrit Von Neumann, la « singularité technologique » reposant sur l’infinité de sa progression, l’ère numérique qui s’ouvre se trouve à l’origine d’une véritable accélération de l’Histoire : si la loi de Moore continue à s’appliquer, la puissance des machines tendant alors vers l’infini, le chef de la recherche de Google Ray Kurzweil prédit l’arrivée d’une « nouvelle ère pour l’humanité ».

Cinq mutations qui vont changer le monde

La révolution numérique et les nouvelles technologies viennent, d’abord, « disrupter » le domaine de la connaissance et des gains d’opportunité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : aucune ville de 10 000 habitants, y compris dans les pays d’Afrique et d’Asie centrales, n’est désormais à l’écart des réseaux de télécommunication mobile, et les estimations prédisent que 69% des Africains seront équipés de smartphones en 2015. Alors qu’en parallèle, les applications en tous genres se développent sans arrêt, une véritable révolution en termes d’accès à la connaissance est en cours. L’interconnexion croissante au niveau mondial et l’apparition du « crowd » (collaboration de la multitude) entraînent un changement de paradigme : l’apparition de gains d’opportunités dans tous les domaines, permet aujourd’hui à tout le monde de devenir créateur. Aussi, l’invention n’est désormais plus incrémentielle mais « rupturiste » : comme en témoigne l’exemple de la voiture sans pilote la plus perfectionnée développée par Google, la plupart des inventeurs ne sont plus issus du secteur économique concerné par le fruit de leur innovation mais viennent d’horizons divers. Dépassé par l’accès à l’information grâce au numérique, les Etats font aujourd’hui face à de nouveaux modes de comportement à l’œuvre dans tous les domaines.

L’arrivée du numérique dans l’éducation bouleverse, de la même manière, les systèmes en place. Depuis la première révolution de 1882 instituant l’école gratuite et obligatoire pour tous, l’école a vieilli et aucune des puissances économiques du XXème siècle ne parvient à se hisser dans les dix premiers pays du score Pisa aujourd’hui. Malgré les efforts menés par certains pays – la Finlande, par exemple, a voulu mettre l’accent sur l’autonomie des élèves et des professeurs – les méthodes éducatives les plus novatrices sont issues du monde numérique qui propose une éducation massive et de qualité. Le succès de la Khan Academy aux Etats-Unis et la naissance des MOOCs en témoignent, l’appétence pour les formes d’apprentissage via internet est grande. Si cette mutation permet à un nombre croissant d’avoir accès à l’éducation, son efficacité en termes de formation et de transmission des savoirs reste encore à démontrer.

Dans le domaine de la santé, la complémentarité nouvelle du médecin et de la machine fait émerger un nouveau système. L’exploitation de toutes les données auxquelles les médecins peuvent désormais avoir accès bouleverse les processus habituels. En France, le Dossier médical personnalisé permet, avec l’autorisation du patient, de faire transiter son dossier médical entre les différents acteurs médicaux, pour en améliorer le suivi. Dans le domaine de la veille sanitaire, le croisement des données est une révolution. Le service Google Flu peut, à partir des recherches effectuées par les internautes, évaluer de façon extrêmement précise le niveau de progression de la grippe n’importe où sur la terre. Si l’exploitation du Big Data va permettre de créer des systèmes de soins bien plus économes dans les pays en développement que les nôtres, il pose toutefois un défi majeur en ce qui concerne la protection de la vie privée. Comment assurer la confidentialité des données dans un système de plus en plus ouvert et partagé ? Pour encadrer le risque d’usage abusif des données personnelles, les Etats ont développé des moyens de régulation, via la CNIL en France par exemple. L’enjeu est alors d’assurer la protection des données personnelles sans pour autant nuire à l’innovation : l’utilisation des données des patients par des acteurs autres que les médecins ou chercheurs par exemple, peut être source de progrès médical et d’innovation (cf la note de GenerationLibre).

Depuis le développement de la robotisation, la troisième révolution industrielle est en cours. Devenus inévitables dans les grands groupes, les robots envahissent aujourd’hui les entreprises de taille moyenne, les pays en voie de développement et les secteurs hors industrie. Provoquant une nouvelle organisation du travail productif – pour 1 emploi en usine, on compte environ 100 emplois en amont et en aval – les conséquences à long terme de la robotisation font débat. Alors que le robot est vu comme créateur d’emplois en Finlande, la France doute davantage des effets positifs de la « destruction créatrice » et craint une disparition massive d’emplois. En parallèle, l’émergence parallèle du « Do It Yourself » et des fablabs permet à la société civile de s’émanciper des capitaux au sein des grandes entreprises et de concurrencer elle-même l’outil de production. La contribution gratuite représentant aujourd’hui une valeur économique de plus en plus significative, une réflexion de fond sur la définition du travail et ses modes d’organisation semble inéluctable.

La cinquième mutation concerne… l’Etat. Dépassées par le numérique, les organisations publiques sont aujourd’hui de plus en plus souvent moins efficientes que les organismes privés. L’Insee, par exemple, est moins performant qu’un moteur de recherche puissant pour analyser les caractéristiques de la société française ; l’IGN (institut géographique national) produit des cartes à un coût plus élevé que la plateforme OpenStreetMap qui réalise la même chose de façon collaborative et donc gratuitement ; et la liste des exemples est exhaustive. Que devient le rôle de l’Etat dès lors que les institutions publiques offrent un niveau de service inférieur au privé ? Si les services numériques se développent – formalités administratives et paiement des impôts en ligne, par exemple – seule la Slovénie s’est démarquée en embrassant très largement le numérique (numérisation des services publics, politique d’Open data, etc.). Plus fondamentalement, le numérique pose la question de la légitimité de la représentation des citoyens à travers des élus. A l’heure où de nombreuses initiatives émergent pour donner une place beaucoup plus importante à la société civile, la collaboration entre institutions et citoyens doit être renforcée sur le modèle de ce qui se fait à l’étranger : en Islande, un dispositif visant à « cocréer » la Constitution a été mis en place ; en Suède, les citoyens ont pu définir les horaires des services publics ; au Kenya, le cadastre pourrait être délégué aux citoyens. L’évolution du mode représentatif au mode participatif se fera grâce à l’accès à l’information à partir de l’exploitation des données. L’ouverture des données – Open Data – lancée en France en 2011 avec la mission Etalab, garante de l’amélioration de la transparence, devra permettre grâce aux statistiques tirées de l’exploitation des données de guider les politiques (le nombre d’accidents sur une route déterminera par exemple la limitation de vitesse sur cet axe). L’Etat doit enfin faciliter la dynamique innovatrice en œuvre au niveau normatif en engageant un véritable travail de concertation avec les parties prenantes. Si cette attitude peut paraître évidente, les Etats sont en réalité souvent peu enclins à accepter les innovations de rupture. Dans le domaine militaire par exemple, l’investissement français dans les drones est très loin derrière l’investissement des Etats-Unis, du Royaume Uni et d’Israël par exemple. Paradoxale, la France figure parmi les pays investissant le plus dans la recherche mais ne cesse, une fois les innovations apparues, de vouloir les réguler.

La France d’aujourd’hui aurait-elle tendance à se méfier du progrès ? Comme en témoigne l’inscription du principe de précaution dans notre Constitution, l’Etat est sur la défensive. Si le progrès peut évidemment d’avérer dangereux dans certains cas, le rôle de l’Etat est de superviser et d’organiser l’innovation, mais non de la brimer. Comme conclut Gilles Babinet, il est temps de se débarrasser de l’expression de « vieux continent » et de réaffirmer haut et fort la devise de l’exposition universelle de 1900 à Paris : « Le Progrès est la lumière des nations ».

Aucun commentaire.

Vous souhaitez faire un commentaire ?

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.

Participer
GenerationLibre

Notice: wp_htmledit_pre est déprécié depuis la version 4.3.0 ! Utilisez format_for_editor() à la place. in /home/generatiy/dev/wp-includes/functions.php on line 3783

Notice: wp_htmledit_pre est déprécié depuis la version 4.3.0 ! Utilisez format_for_editor() à la place. in /home/generatiy/dev/wp-includes/functions.php on line 3783