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Toi, moi et la politique – Amour et convictions | GenerationLibre
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Toi, moi et la politique – Amour et convictions

Publié en 2008 aux éditions du Seuil, Toi, Moi et la politique aborde le sujet, peu traité, du rôle joué par la politique dans la sphère privée. Réalisée par Anne Muxel, politologue et directrice de recherche au CEVIPOF (centre de recherches politiques de Sciences Po), cette enquête interroge l’interaction entre politique et sphère privée. Quelle place occupe la politique dans la vie intime ? Quelles différences observe-t-on selon les liens (familiaux, amicaux ou amoureux) ? Comment la politique se réfléchit-elle dans l’espace privé ? Est-elle une cause d’éloignement ou au contraire une sorte de ciment ? Autant de questions soulevées lors des nombreux entretiens menés par l’auteur pour concevoir cette étude.

Contrairement à ce qui peut souvent être pensé de prime abord, la politique n’est pas uniquement un sujet de vie publique. Comme l’évoque Michel Foucault, la politique est une de ces « cases noires » touchant à l’intimité. En tant qu’elle renvoie à son propre système de valeurs et de croyances, elle fait partie du noyau intime de l’identité de chacun et se retrouve dans les rapports privés que ce soit dans la sphère familiale, entre amis ou dans la vie de couple. La politique est avant tout un sujet que l’on aborde en famille. Outre les scènes typiques, et réelles, de repas de famille où la politique est au cœur du débat, l’étude rappelle que l’héritage politique familial se transmet généralement entre les générations et que la convergence d’opinions est ainsi préservée. Alors que certaines représentations font de l’homme la figure centrale d’un système de croyances, l’étude révèle que la politique – dans le sens d’une transmission de valeurs et de principes – reste, dans le cadre familial, une construction reposant sur des canaux affectifs essentiellement liés à la relation mère/enfants.

Par ailleurs, grâce aux relais médiatiques de plus en plus nombreux et omniprésents, la politique s’est progressivement invitée au sein des foyers. Le temps des cercles politiques réservés aux hommes est naturellement révolu. Selon l’étude, 62% des français interrogés déclarent aujourd’hui parler politique dans leur couple. Le vote, en revanche, demeure une affaire plus secrète : en 2007, seuls 45% des Français déclaraient connaître avec certitude le vote de leur conjoint.

Les individus se classant à gauche, par exemple, dévoilent une plus grande réticence à faire face à une divergence politique.

L’endogamie politique reste dans le couple, comme dans la famille, dans la plupart des cas la règle. Alors qu’une large proportion estime qu’il n’est pas important de partager les mêmes idées politiques pour former un couple, un quart des couples, seulement, votent différemment. Les entretiens révèlent toutefois des comportements différents selon les tendances politiques. Les individus se classant à gauche, par exemple, dévoilent une plus grande réticence à faire face à une divergence politique. Dans les cas plus extrêmes que l’auteur a pu rencontrer, il arrive de tomber amoureux de quelqu’un pour des raisons politiques. Rares, ces situations se retrouvent généralement dans les environnements militants particulièrement engagés où l’ « impératif catégorique » (sic) ne suppose aucun compromis possible. Outre le couple, l’endogamie se retrouve notamment dans la sphère familiale. Selon l’enquête, seuls 10-12% des individus interrogés reconnaissent voter différemment de leurs parents et avoir rompu avec l’héritage politique familial. Seuls les liens d’amitié diffèrent sur ce point puisque 82% des sondés déclarent entretenir une relation amicale avec une personne d’un autre bord politique que le sien.

Si la construction d’un amour durable semble donc plus facilement reposer sur une convergence d’opinions, un tiers des sondés déclarent toutefois partager des opinions différentes de celles de leur conjoint et 70% estiment, même s’ils vivent avec quelqu’un partageant les mêmes opinions, possible de tomber amoureux de quelqu’un d’un autre bord politique. Par ailleurs, la non-reconnaissance du clivage gauche/droite apparaît de plus en plus marquée chez les jeunes. Dans les cas d’opinion politique divergente, les individus représentent l’un pour l’autre la « figure du piment » permettant une stimulation quotidienne du couple dans la confrontation. Dans la mesure où la droite s’identifie aux valeurs de liberté et d’individualité et la gauche à un idéal commun de société et d’égalité, droite et gauche évoluent dans des cosmogonies différenciées, propres à susciter le débat. Pour le sociologue George Simmel, le conflit constitue une « forme fondamentale de la socialisation » et répond à un « besoin primaire ». Ainsi, cette représentation de « l’intimité démocratique » (sic),  comme la coexistence d’opinions différentes au sein d’un couple, doit reposer sur la mise en œuvre d’une altérité sur la base du respect des différences. Anne Muxel rappelle l’exemple de Martin Heidegger et Hannah Arendt dont l’amour a su résister à leur divergence politique profonde et qui représente une forme de « quintessence » de l’idéal démocratique.

Par ailleurs, la divergence d’opinions, aussi stimulante soit-elle, requiert néanmoins de trouver des arrangements et de savoir faire bon usage de l’humour et de la dérision dans les inévitables « scènes de ménage » pour préserver un équilibre. Sans prétendre que la politique peut être la seule responsable d’une rupture, elle peut jouer le rôle d’élément catalyseur et précipiter une rupture si le couple atteint un point de non retour. Parmi les exemples les plus clivant retenus dans l’étude figurent le conflit israélo/palestiniens et le vote d’extrême droite. A l’extrême inverse de la discussion/débat qui permet d’entretenir la vitalité d’un couple, le « tabou » joue un rôle déterminant dans les relations. Si les conflits politiques suscitent moins de drames qu’à des époques où la politique était plus idéologisée, des moments de malaise, voire des situations de honte, demeurent lorsque l’un des conjoints a des opinions extrêmes. Dans ces cas, la différence d’opinion est telle que le politique devient souvent un objet « tabou » à éviter pour préserver l’amour. Par ailleurs, l’étude montre à ce propose que hommes et femmes n’ont pas le même rapport au conflit politique. Ayant plus de difficultés à accepter le conflit, les femmes auront davantage tendance à exclure le sujet politique de la vie de couple.

Comme en témoigne l’enquête, la politique, comme l’amour, relève du domaine de la passion et joue un rôle essentiel dans les relations intimes. Dans sa tentative de classification des articulations entre politique et affects, Anne Muxel offre une grille de lecture permettant ainsi d’analyser les ressorts de la politique dans la sphère individuelle.

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