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Trop tard pour la France ? Osons remettre l’Etat à sa place | GenerationLibre

Cécile PHILIPPE

Trop tard pour la France ? Osons remettre l’Etat à sa place

« Trop tard pour la France ? » est un manifeste pour la liberté paru aux éditions Manitoba/Les Belles Lettres en 2014. Dans cet essai, Cécile Philippe, économiste et directrice de l’Institut économique Molinari qu’elle a fondé en 2003, questionne la place de l’Etat dans notre société aujourd’hui, dans tous les domaines, et plaide pour « remettre l’Etat à sa place » afin de rendre aux Français leur responsabilité et leur capacité de choisir.

 

Omniprésence de l’Etat et crises régulières

Au début du XXe siècle, les dépenses publiques en France ne représentaient qu’un peu plus de 10% du PIB. Elles ont atteint en 2013 le niveau record de 57,1% du PIB. Aujourd’hui, les dépenses de l’Etat représentent plus de la moitié des richesses produites. Financés par l’impôt, « les choix publics se substituent aux choix privés » et la hausse des dépenses creuse toujours plus notre dette. La France n’a, depuis 1974, pas voté un seul budget à l’équilibre. Or, les études le démontrent dans leur grande majorité : une corrélation négative existe entre poids de l’Etat et prospérité. Le niveau de fiscalité nécessaire au train de vie de l’Etat génère des effets d’éviction impactant la productivité et l’innovation. Par ailleurs, l’irruption de crises financières récurrentes interroge la pertinence du rôle de l’Etat dans l’économie.

Omniprésent et plébiscité, l’Etat stratège ne parvient toutefois pas à échapper aux crises majeures. Inhérentes au « cycle économique » pour certains, ces crises doivent, pour d’autres, nous inciter à nous extraire de cette vision cyclique de l’économie et à nous interroger sur la pertinence de cet Etat tout puissant.

 

Paradoxe monétaire : les effets pervers de l’interventionnisme

Les économistes de l’école autrichienne se sont longuement intéressés au rôle de la monnaie dans les crises. Leur conclusion diffère radicalement des discours habituels : une création monétaire excessive alimente le risque de crise en finançant des projet d’investissements qui ne pourront aboutir, faute de ressources réelles. La structure de production doit donc s’effondrer pour revenir à un niveau réel. La création monétaire inhérente aux plans de relance n’est donc pas sans risque puisque cette politique « d’argent facile », en alimentant les erreurs entrepreneuriales, favorise la création de bulles. La crise des « subprimes » américaine en témoigne.

L’émission de liquidités par les banques commerciales a conduit à un boom sur le marché immobilier. Depuis longtemps, favoriser l’accès à la propriété est une priorité du gouvernement américain. Les pouvoirs publics ont donc mis en place un marché du crédit immobilier distordu afin de faciliter l’accès des revenus modestes au logement. La création des organisations Fannie Mae et Freddie Mac, pouvant emprunter dans des conditions favorables grâce à une garantie publique, et incitées par le gouvernement à acheter des crédits de qualité moyenne (les « subprimes ») l’illustre parfaitement. « Les subprimes sont une coproduction des pouvoirs publics et d’acteurs privés chargés d’exécuter leurs souhaits ». Par ailleurs, la mise en place du Community Reinvestment Act visant à favoriser l’octroi de crédit auprès des minorités défavorisée, et du Riegle-Neal Interstate Banking Act autorisant les banques locales à se déployer dans d’autres états, montre comment la surenchère en matière de crédit, promue par l’Etat, a conduit à un relâchement des conditions de crédit. L’effondrement du marché immobilier en 2007 est donc moins la conséquence de la déréglementation et du libéralisme que du laxisme de la politique monétaire.

 

Austérité : définition d’un Etat responsable

L’austérité peut obéir à deux philosophies antagonistes : d’un côté, une vision de l’Etat comme producteur de croissance qui incite à augmenter les impôts ; de l’autre, l’idée que l’Etat nuit à la croissance économique et que ses dépenses doivent être restreintes. Trop souvent, les politiques d’austérité sont un mix de ces deux points de vue : les contribuables sont donc les principaux acteurs de la rigueur. En résulte une baisse du pouvoir d’achat qui n’arrange rien à la croissance.

Au Canada, la baisse des dépenses publiques a permis de diminuer la dette publique de 70% en 1996 à 30% en 2008. Cette politique d’austérité véritable témoigne d’une volonté politique tenace et d’un Etat responsable. Par ailleurs, classé parmi les pays où les gens s’estiment les plus heureux, le Canada contrecarre la croyance selon laquelle bonheur et niveau de dépense publique sont positivement corrélés. L’émergence d’une volonté politique de maîtriser efficacement la dépense publique en France est plus que jamais nécessaire aujourd’hui.

 

Gestion publique des risques : le marasme français

En matière de santé, le monde entier, paraît-il, nous envie notre système de soins français de qualité et ouvert à tous. En effet, la branche « Maladie » de la Sécurité sociale, en place depuis 1946, couvre aujourd’hui 90% de la population et assure 86% de l’ensemble des dépenses d’assurance maladie. Mais souffrant d’un rapport qualité/coût problématique, la branche « Maladie » se caractérise par une accumulation de déficits que les mesures de déremboursements et de hausse des cotisations ne parviennent à compenser. On assiste alors progressivement à une déresponsabilisation croissante de chacun par l’Etat pour tenter d’imposer un contrôle des coûts. L’obligation pour le patient de déclarer un médecin traitant – filtre avant la consultation de spécialistes – et la multiplication pour les médecins des contraintes à la prescription illustrent l’intrusion des pouvoirs publics dans nos choix individuels. Dans le secteur hospitalier, la tarification à l’activité (T2A), venue remplacer la dotation globale des établissements et fixée de manière administrative, témoigne des effets pervers qui accompagnent l’intrusion de l’Etat.

Par ailleurs, l’exemple du National Health System (NHS) britannique, système de santé parmi les plus étatisés, illustre l’incapacité des pouvoirs publics à pouvoir bâtir des réglementations efficaces (cf les interminables files d’attente…). Envisager la concurrence, au lieu de l’actuelle maîtrise comptable des coûts, pour maintenir l’offre abondante de soins dont nous profitons est donc une piste essentielle.

 
En matière de retraites, le système français est entièrement étatisé. L’essentiel des ressources des ménages de +65ans sont des transferts publics. Or, depuis plus de 20 ans, aucune des tentatives de réforme n’est parvenue à rééquilibrer les comptes. Aucune n’a, en effet, osé s’attaquer au modèle de la répartition pour lui substituer un fonctionnement en points. L’endettement reste donc le moyen le plus efficace de boucler les comptes…

 
Sur le marché du travail, l’existence de rigidités empêche l’offre et la demande à se rencontrer librement. Le SMIC est l’ennemi de l’emploi n°1, les charges sociales génèrent du chômage, la protection de l’emploi – en rendant les licenciements difficiles et donc les employeurs frileux à l’embauche – génère un niveau et un taux d’emploi moindres, les minima sociaux sont à l’origine de « trappes à inactivité »… Parvenir à faire confiance à la flexibilité pour assurer la sécurité est nécessaire pour débloquer notre marché du travail. Un tel changement de paradigme permettra, par ailleurs, de réduire significativement les dépenses publiques de protection sociale.

 
Enfin, un sujet plus récent témoignant des effets pervers de l’intervention de l’Etat concerne la gestion des risques technologiques. L’introduction du principe de précaution, terriblement toxique pour l’innovation, s’avère nuisible à l’ensemble de la population. Si le risque zéro n’existe pas, une gestion plus responsable du risque est possible. Protéger les droits de propriété garantit la responsabilité en incitant les individus à agir de façon raisonnable pour éviter de compromettre la valeur de leur bien. Le recours à l’assurance permet, par ailleurs, de mettre l’entreprise au service de la gestion du risque. Reposant sur un équilibre entre risque et prudence, l’assurance dresse des garde-fous qui n’empêchent pas l’innovation.

 
Pour retrouver notre liberté d’agir et toute notre responsabilité, un recul de l’Etat et une stricte maîtrise de la dépense publique sont impératifs. Osons remettre l’Etat à sa place.

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