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Le permis de conduire pour tous ! | GenerationLibre

Le permis de conduire pour tous !

Par Delphine Granier
Analyste

1,5 million de personnes passent le permis de conduire chaque année, tandis que 4 millions attendent toujours une place d’examen[1], et que le nombre de conducteurs sans permis est, selon les évaluations, compris entre 800 000 et 2,5 millions[2]. Le problème du permis de conduire est bien, au-delà de l’anecdote, une véritable question de société, qui handicape de nombreux jeunes (et moins jeunes) dans leur recherche d’emploi, faute de pouvoir indiquer « permis B » sur leur CV. C’est d’ailleurs ce qu’a déclaré le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, à propos des employées de l’abattoir Gad : « Allez travailler à 50 ou 60 km ! Ces gens-là n’ont pas de permis de conduire, on va leur dire quoi ? Il faut payer 1 500 euros et attendre un an ? »[3].

Le système actuel repose sur le monopole des auto-écoles qui rend la clientèle captive. La seule vraie réforme serait de permettre à tout moniteur assermenté de délivrer de lui-même l’intégralité de la formation, hors du cadre de l’auto-école. Par le libre jeu de la concurrence et l’élimination des intermédiaires, le service s’améliorerait tandis que les prix baisseraient mécaniquement.

Le New York Times a publié un article de Une sur l’absurdité du système français d’apprentissage de la conduite, reflet d’une société emmurée par ses réglementations[4]. Il est temps de s’attaquer à nos archaïsmes.

 

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Une situation anormalement complexe et bloquée

• Un coût exorbitant : passer son permis revient en moyenne à 1 600 euros[5] (avec un écart net entre Paris et certaines villes de province). Pour la majorité, le passage du permis s’avère in fine plus coûteux que prévu en raison des heures supplémentaires liées au délai d’obtention de date d’examen. L’heure de conduite coûte entre 35 et 60 euros environ en France[6] quand elle revient en moyenne à 24 livres au Royaume-Uni, soit 30 euros.

• Des délais anormaux : obtenir une place d’examen requiert 95 jours d’attente en moyenne. Plus de la moitié des candidats recalés doivent attendre 3 mois ou plus afin de repasser l’examen[7]. L’attente moyenne entre la 1ère et la 2nde présentation à l’examen pratique est de 108 jours dans le Rhône, 120 jours en Seine-Saint-Denis et 124 jours dans les Hauts-de-Seine[8]. Bien que les candidats disposent de la possibilité de passer le permis en candidat libre, les délais sont nettement plus longs.

• Une formation imparfaite : le taux d’échec à l’examen du permis, de 41% [9], est supérieur à la moyenne européenne.

• Un système bureaucratique : les places d’examen sont attribuées aux auto-écoles par la préfecture selon une méthode de « quotas » absconse. La méthode de calcul en vigueur depuis 2006 entend répondre à un triple objectif : favoriser les auto-écoles avec un taux de réussite élevé au code, favoriser celles qui présentent en priorité les élèves qui passent l’examen pour la première fois, et équilibrer les places en fonction du nombre d’inspecteurs disponibles. Le calcul des places dépend alors de deux facteurs : le nombre de places de référence de l’auto école, c’est-à-dire le nombre moyen mensuel d’élèves qui passent l’examen pour la première fois, adapté en fonction d’un coefficient déterminé chaque mois par la préfecture. Une méthode complexe portant préjudice aux candidats ayant déjà échoué à l’examen.

 

L’échec des tentatives de réformes

Les tentatives de réforme du permis de conduire sont nombreuses, preuve que le problème est largement reconnu. Plusieurs dispositifs ont tenté de s’attaquer au coût du permis de conduire : en 2005, apparaît le permis à 1€ par jour (le coût total de la formation ne change pas mais des établissements prêteurs avancent les frais et l’État paie les intérêts) ; en 2007, la « bourse au permis » (les jeunes ne disposant pas de ressources suffisantes bénéficient de financements des municipalités en réalisant en échange des activités d’intérêt collectif) ; en 2011, Jeannette Bougrab propose d’inciter les établissements pré-universitaires et universitaires à conclure des partenariats avec les auto-écoles et la sécurité routière pour réaliser des économies d’échelle… Aucune de ces mesures n’a pourtant été décisive. Le rapport récent de Florence Gilbert, remis par la Commission du permis de conduire à Bernard Cazeneuve en avril 2014, s’attaque de nouveau au problème et préconise d’augmenter le nombre d’inspecteurs et d’introduire plus de flexibilité dans la formation pratique. Il n’apporte néanmoins aucune nouveauté pour répondre aux deux problèmes principaux que sont les délais d’attente et les coûts excessifs. Méfiants à l’égard des « opérations escargots » dont les auto-écoles sont familières, les pouvoirs publics font le dos rond et n’osent pas aborder le seul vrai sujet : la libéralisation.

 

L’agrément, principale barrière à l’ouverture à la concurrence

L’ouverture d’une auto-école est soumise à l’obtention d’un agrément : « L’enseignement, à titre onéreux, de la conduite des véhicules à moteur ne peut être organisé que dans le cadre d’un établissement dont l’exploitation est subordonnée à un agrément délivré par l’autorité administrative, après avis d’une commission » (article L213-1 du Code de la route).

Considérant l’essor du numérique et d’internet dans le mode de fonctionnement de notre société actuelle, les conditions requises afin d’obtenir l’agrément manquent de pertinence. L’arrêté préfectoral du 8 janvier 2001 impose, entre autres, aux auto-écoles : de « disposer de moyens matériels nécessaires à la formation » afin que les élèves s’entrainent au code ; de « disposer d’une superficie totale minimale (accueil et enseignement) fixée à 25 mètres carré » et de « comprendre au minimum une salle affectée à l’inscription des élèves et une autre à l’enseignement » afin de « procéder aux inscriptions individuelles des élèves uniquement dans ce local, à l’exclusion de tout autre lieu10 » . Ces obligations matérielles posées par l’agrément engendrent naturellement une augmentation, superflue, des coûts fixes au détriment des candidats.

L’agrément porte préjudice à la libre concurrence et la liberté de choix du consommateur. Les conditions qu’il requiert restreignent drastiquement la possibilité de voir des auto-écoles concurrentes, basées sur un modèle en ligne, émerger. En témoigne le parcours de la start-up Ornikar, première auto-école en ligne, dont le combat pour obtenir l’agrément dure toujours (et qui, avant même d’être opérationnelle, a dû affronter de nombreux procès intentés par les syndicats d’auto-école).

Ornikar a en effet inventé un nouveau modèle visant à rendre plus accessible la formation du permis de conduire en proposant : des moniteurs agréés disponibles partout en France pour un apprentissage mobile, un entraînement au code de la route en ligne, et des tarifs réduits. Première auto-école dématérialisée, Ornikar permet à chacun de passer son permis simplement, sans changer d’auto-école en cas de déménagement, de composer sa formation sur mesure, et de suivre une formation à des tarifs raisonnables[11]. Plutôt que d’avoir sa propre flotte, avec locaux et voitures à son nom, elle met en relation moniteurs et clients. Inacceptable pour les corporations d’auto-écoles traditionnelles, protégées par l’Etat…

 

Notre proposition de réforme : l’abolition du monopole des auto-écoles

Afin de répondre aux exigences du consommateur en termes de service, et de permettre l’émergence d’entrepreneurs innovants et concurrentiels, nous préconisons :

L’abolition de l’article L213-1 du Code de la route portant définition de l’agrément à l’origine du monopole des auto-écoles. Une telle réforme favoriserait l‘apparition de nouvelles auto-écoles en ligne permettant une baisse des coûts et une nette amélioration des délais. Elle permettrait surtout l’émergence de moniteurs indépendants. Tout moniteur détenteur du BEPECASER (Brevet pour l’Exercice de la profession d’enseignant de la Conduite Automobile et de la Sécurité Routière), et équipé d’un véhicule à double pédales dûment assuré, pourrait prendre en charge l’ensemble de la formation, construisant ainsi une relation personnelle avec ses clients, et adaptant ses tarifs à cette pratique plus légère et plus concurrentielle.

• Dans son rapport sur les professions réglementées, l’Inspection des Finances propose bien de revoir le cadre juridique pour les moniteurs indépendants mais laisse inchangée « l’exigence d’offre intégrée, via les écoles de conduite, de l’apprentissage du code et du perfectionnement pratique à la conduite ». Or, pour que les moniteurs indépendants puissent véritablement s’imposer face aux auto-écoles traditionnelles, il faut leur permettre de proposer une formation complète, et de ne pas priver leurs clients de places d’examen. A cette fin, il suffit d’ouvrir l’inscription aux examens (théoriques et pratiques) sur un site public, à l’image de ce qui se pratique au Royaume-Uni (gov.uk/book-driving-test). L’apprentissage à domicile, en ligne, offrira une formation plus flexible à tous les candidats. L’inscription individuelle mettra fin au système de quotas obscurs et aux difficultés de gestion rencontrées par les Préfectures (notamment dans le cas des candidats libres). Enfin, tous les candidats seront véritablement égaux devant l’attribution des places.

• S’agissant de la question (distincte) des examens de conduite, engorgés et dysfonctionnels, on pourrait imaginer la privatisation de ce service via une délégation de service public, sans affecter les exigences de qualité et d’impartialité.

* * *

Déjà en vigueur de nombreux pays à l’étranger – USA, Belgique, Royaume-Uni entre autres – un nouveau modèle d’apprentissage « low cost » se heurte en France à la résistance de la profession. L’émergence d’entrepreneurs utilisant de manière disruptive les nouvelles technologies doit conduire les pouvoirs publics à s’emparer du problème, au profit des candidats et des moniteurs.


[1] Etude menée par l’UNIC.

[2] Cf Airy Routier, La France sans permis, Albin Michel, 2007

[3] Europe 1, 19/09/2014

[4] « A driving school in France hits a wall of regulations », 23/08/2014

[5] Dossier de presse sur la réforme du permis de conduire 2014, Ministère de l’Intérieur.

[6] Enquête « Tarifs et pratiques des auto-écoles », association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV), août 2013.

[7] Ibid.

[8] Rapport de l’IGF, « Professions réglementées : une réforme dans la transparence », mars 2013.

[9] Enquête réalisée par le site VroomVroom.fr et récompensée au concours Dataconnexions organisé par Etalab.

[10] Arrêté du 8 janvier 2001 relatif à l’exploitation des établissements d’enseignement, à titre onéreux, de la conduite des véhicules à moteur et de la sécurité routière.

[11] Un arrêté du 19 Juin 1987 interdit à Ornikar d’afficher les tarifs qu’ils pratiquent pour l’enseignement de la conduite tant qu’ils n’auront pas reçu l’agrément.

Le permis de conduire dans le projet de loi Macron

Développé à l’article 9 du projet de loi pour la croissance et l’activité porté par Emmanuel Macron, le permis de conduire est au cœur des débats parlementaires à l’Assemblée et bientôt au Sénat. Cet article prévoit l’externalisation de l’épreuve du code et de certains permis poids lourds. Il ouvre ainsi la possibilité à des organismes agréés d’assurer l’épreuve théorique du code et l’épreuve pratique du permis de conduire poids lourds, dans certains cas uniquement.

Les amendements déposés à l’Assemblée visent à réduire les délais d’attente aux examens, à assouplir et faciliter la formation et à améliorer la transparence.
Elevé au rang de « service universel », « l’accès aux épreuves théoriques et pratiques du permis de conduire » sera le même pour tous les candidats, qu’il s’inscrive librement ou par l’intermédiaire d’une auto-école. L’inscription rapide à l’examen sera garantie par la création d’un dispositif d’urgence prévoyant : un délai moyen maximal de 45 jours entre deux présentations à l’examen, la possibilité pour les préfectures de recourir à des agents publics ou contractuels pour épauler les examinateurs, la possibilité de dégager des examinateurs du permis poids lourds pour les dédier au permis B dans les zones tendues.

La fin des 20 heures de formation obligatoires introduit davantage de flexibilité dans la pratique et permettra de réduire le coût global du permis (en cas de changement d’auto-école au cours de la formation, la nouvelle inscription est très souvent soumise à l’obligation de souscrire à un nouveau forfait de 20 heures). Les amendements prévoient, par ailleurs, un élargissement du dispositif de « conduite supervisée » à tous les élèves d’au moins 18 ans et la possibilité de passer le code au lycée ou lors de la journée défense et citoyenneté.

• Enfin, les auto-écoles s’engagent dans une démarche de transparence à travers un processus de labellisation et de certification et la répartition transparente et non discriminatoire des places d’examen est réaffirmée.

Ces mesures, trop timides pour remédier à la situation, ne s’attaquent pas à l’oligopole des auto-écoles. L’agrément préfectoral, nécessaire à l’ouverture de toute auto-école, et l’absence d’une véritable plateforme unique d’inscription aux examens préservent cet oligopole. Nous proposons une réforme plus radicale qui permette à tout moniteur diplômé d’assurer l’intégralité de la formation, de l’apprentissage à l’inscription aux examens.

Idées fausses

L’externalisation de l’examen pratique risque de nuire à la sécurité routière au profit d’une logique de rentabilité.
Faux. Les organismes privés bénéficiaires de la délégation de service public devront être agrées par la puissance publique. Les examinateurs contractuels seront soumis aux mêmes obligations que les actuels inspecteurs. Les organismes privés et les frais perçus à travers leur activité seront soumis au contrôle de l’Autorité de la concurrence afin de pallier le risque de « rentabilité à tout prix ».

L’apprentissage de la conduite avec des moniteurs indépendants sera nécessairement d’une moindre qualité.
Faux. Les moniteurs indépendants devront impérativement être titulaires du brevet BEPECASER, au même titre que les moniteurs salariés. Tout élève pourra, par ailleurs, changer de moniteur quand il le souhaite, ce qui n’est aujourd’hui pas toujours le cas dans les auto-écoles. Enfin, l’élève choisira le nombre d’heures de formation qu’il juge nécessaire, sur les conseils de son moniteur si besoin. A titre comparatif, certains pays européens se montrent bien plus flexibles. En Belgique et au Royaume-Uni, aucun nombre d’heures minimum n’est imposé ; en Italie, la formation minimale s’élève à 6 heures. En résulte un coût du permis nettement inférieur et l’absence de corrélation négative avec le nombre de morts sur les routes.

Les inscriptions aux examens sur un site public seront soumises à la loi du « premier arrivé, premier servi ».
Vrai ! Les inscriptions individuelles en ligne sur un site public permettront de traiter tous les candidats sur un pied d’égalité et mettront définitivement fin au traitement inégal des candidats libres. La délégation de service public à des organismes tiers permettra d’assurer un nombre de places suffisant pour tous. La mise en œuvre d’une telle plateforme unique d’inscription permettra également à chacun de s’inscrire lorsqu’il se sent prêt, au moment et à la date qu’il souhaite, après en avoir discuté avec son moniteur si besoin. Ce système mettra fin à la méthode des « quotas » à laquelle les auto-écoles sont soumises et délivrera les préfectures de la gestion des places. Enfin, le candidat déjà mis en échec à l’échec à l’examen, une ou plusieurs fois, ne sera plus, comme c’est le cas aujourd’hui, bénéficiera du même accès à l’examen que tous les autres candidats.

Les moniteurs et les auto-écoles sont les « perdants » de la réforme proposée par GenerationLibre.
Faux. Les moniteurs auront désormais la liberté de choisir s’ils préfèrent exercer en tant qu’indépendant ou en tant que salarié. Les moniteurs indépendants seront les grands gagnants puisque leur clientèle ne sera plus captée par les auto-écoles en raison de l’inscription aux examens. Les auto-écoles verront leur gestion administrative simplifiée : l’inscription aux examens ne sera plus de leur ressort et l’émergence des plateformes en ligne de mise en relation de moniteurs et d’élèves leur permettra d’optimiser la gestion de l’agenda des cours de conduite. Seules les auto-écoles d’un mauvais niveau seront pénalisées en voyant leur clientèle – jusqu’alors captive en raison des dysfonctionnements de la filière candidat libre et des difficultés à changer d’auto-écoles – bénéficier de l’ouverture à la concurrence et se diriger vers d’autres auto-écoles.

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