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Plafonnement des bonus : une mesure inefficace, idiote et populiste | GenerationLibre

Plafonnement des bonus : une mesure inefficace, idiote et populiste

Par Par GenerationLibre -

Le 16 avril dernier, les députés européens ont voté la directive CRD4 (Capital Requirements Directive) qui met le monde bancaire européen en ébullition depuis des mois. Elle doit encore être approuvée par les ministres des finances européens, ce qui devrait être une formalité malgré l’opposition véhémente du Royaume-Uni.
Parmi de nombreuses mesures techniques figure le fameux plafonnement des bonus bancaires. Pour résumer, à partir de l’année prochaine, les bonus des traders ne pourront pas excéder une fois leur salaire en règle générale, et deux fois si les actionnaires l’approuvent.
Il vaut la peine de s’y attarder tant ce texte incarne à la perfection à quel point les décisions politiques peuvent être inefficaces, idiotes et populistes.

Inefficace, parce que le ratio bonus/salaire est déjà descendu naturellement à un niveau proche de celui que le législateur va imposer. Selon la recherche disponible, le ratio est tombé en moyenne de 5:1 en 2010 à 2,9:1 en 2011 (voir tableau ci-dessous) et 2,5:1 l’année dernière. La nouvelle réglementation CRD4 ne fera donc (au mieux) que baisser de 2,5:1 à 2:1 en égalisant la distribution entre les banques. Autrement dit: beaucoup de bruit pour rien.

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Idiote, car c’est uniquement le ratio bonus / salaires que le législateur entend modifier, au nom d’une réduction de la prise de risques. Tout d’abord, on se demande quelle est la fonction des banques sinon de prendre des risques – ce que les mêmes politiques leur rappellent jour après jour en leur demandant de financer l’économie réelle, les PMEs, etc, comme si ce financement ne dépendait pas aussi de la capacité des marchés financiers à canaliser la liquidité de la manière la plus efficace. Les bonus et, d’une manière générale, l’incitation à la prise de risque n’ont rien à voir avec la crise financière : rappelons que le secteur (non régulé) des hedge funds n’a nécessité aucun bail-out de contribuables, alors que les bonus y sont bien plus spectaculaires que dans le secteur bancaire.

Mais surtout, que vont faire les banques, fort logiquement ? Elles vont augmenter les salaires fixes afin de pouvoir baisser la part de bonus variable, ce qui aura pour effet d’égaliser l’ensemble des revenus. Les meilleurs banquiers seront donc moins bien payés, et les plus mauvais, mieux. Drôle de conception du capitalisme. Autre effet collatéral : l’augmentation des salaires fixes accroît aussi de facto le point mort des banques, en réduisant la part des coûts variables : aucune quantification de cette forme de déplacement du risque n’a été réalisée ou prise en compte.

Populiste enfin, parce qu’il est trop aisé de continuer à traîner le secteur privé dans la boue pour masquer les failles du régulateur public. Sans surprise, les députés européens ont voté en faveur de la directive à une écrasante majorité – 595 contre 40 – célébrant un jour historique dans la lutte contre la finance débridée. Voilà qui tranche singulièrement avec un vote de rejet massif, deux ans auparavant (presque jour pour jour : le 10 avril 2011), d’un amendement au budget européen visant à limiter les salaires et privilèges des députés européens, qui leur aurait imposé des restrictions inadmissibles comme de voyager en seconde classe, de geler leur salaire ou de renoncer à leurs indemnités de déplacement.

Les députés européens peuvent donc toujours compter sur un traitement mensuel de 7 957 € bruts par mois, auquel s’ajoutent une “indemnité de frais généraux” (sans aucun justificatif, et défiscalisée) de 4 299 € par mois, une indemnité annuelle de voyage de 4 243 € ainsi qu’une indemnité forfaitaire de 304 € pour chaque jour de présence aux réunions des organes du Parlement (concept intéressant : les députés touchent un bonus… uniquement pour se rendre sur leur lieu de travail). On peut donc estimer le revenu moyen d’un parlementaire européen à 182,000 € par an, sur lequel ne s’applique qu’une taxe européenne relativement légère qu’on peut estimer à 25,000 € par an ¹. Après impôt, un député européen touche donc 157,000 €.

Il n’est pas inintéressant de comparer ce chiffre avec celui présenté dans une étude de PricewaterhouseCoopers pour le Financial Times en mars dernier, qui évalue la paie moyenne des banquiers d’investissements de la City de Londres à 212,000 £. Sur cette somme, en appliquant le barème actuel, 84,000 £ sont prélévées par le Trésor britannique. Il reste donc à notre banquier 128,000 £, soit € 152,000 € annuels.

La preuve est donc faite que, en moyenne, un député européen gagne davantage (à 5,000 € près) qu’un banquier d’investissement – et ne poussons pas la cruauté jusqu’à calculer la différence de salaire horaire.

Avant de chercher la paille dans l’œil des citoyens, les députés européens feraient mieux de regarder la poutre qui occupent le leur. Et de s’attaquer aux vrais sujets, tels que le manque de compétition au sein du secteur bancaire européen ou les incitations réglementaires qui font aujourd’hui des banques les receleurs de la (mauvaise) dette publique.


(1) – A ce sujet, le député européen Jean Lambert donne sur son blog des informations très complètes (et toutes à son honneur) : http://www.jeanlambertmep.org.uk/mep_pay.php

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