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RETRAITES : TRAVAILLER PLUS POUR PERDRE MOINS ? | GenerationLibre

RETRAITES : TRAVAILLER PLUS POUR PERDRE MOINS ?

Par Frédéric Gonand
Professeur associé à l'Université Paris Dauphine

Selon les dernières prévisions du Conseil d’Orientation des Retraites, le déficit des régimes de retraite passerait de 14 milliards d’euros en 2011 à 18,8 Md€ en 2014 et 21,3 Md€ en 2017. Face à cette bombe à retardement pour les finances publiques, qui ne fait que creuser la défiance entre les générations, des réformes radicales s’imposent : fonds de pension privés, retraite à points… En attendant, Frédéric Gonand, professeur d’économie et spécialiste du sujet, nous explique comment, dans le cadre actuel, rendre le système plus soutenable et plus juste en établissant une règle automatique pour l’évolution de l’âge de la retraite.

Les pouvoirs publics français s’apprêteraient aujourd’hui à prolonger d’une façon ou d’une autre la réforme des retraites adoptée en 2010 par le précédent gouvernement, et que le parti socialiste avait vigoureusement vilipendée à l’époque. Ce retour à un pragmatisme de bon aloi est réjouissant. Néanmoins, la corruption du meilleur est la pire – selon l’adage scholastique : en conséquence, le gouvernement actuel pourrait utilement s’inspirer des quelques principes suivants s’il souhaite que son ardeur réformiste ne dégénère en remède pire que le mal.

Mieux vaut différer la mise au repos qu’écraser d’impôt, i.e., augmenter l’âge de la retraite plutôt que les prélèvements obligatoires finançant les retraites des baby-boomers sur le dos de leurs (trop) rares enfants.

Il n’existe que trois leviers pour rétablir durablement les comptes de l’assurance vieillesse : augmenter les recettes, maîtriser le niveau des pensions ou relever l’âge de la retraite. La première solution ferait tourner la vis sans fin des hausses d’impôts. Elle hypothéquerait une croissance déjà anémique. La deuxième solution stimulerait vivement le développement de fonds de pension privés se substituant aux régimes publics, ce qui n’est pas en soi un mal absolu mais soulève des difficultés spécifiques. La troisième solution augmenterait le nombre de bras au travail dans l’économie. Elle soutiendrait la croissance de l’ordre de +0,25% de croissance par an en régime de croisière pour une hausse de l’âge effectif moyen de la retraite de 1,25 an par décennie. (L’effet sur la croissance d’un développement des fonds de pension, dans les mêmes conditions, serait du même ordre, et refléterait les conséquences d’un surcroît d’épargne sur l’activité à terme).

Du point de vue de l’équité entre les générations, le « tout fiscal » serait un terrible mécanisme anti-jeunes. La hausse des cotisations sociales ferait supporter aux jeunes, sur l’ensemble de leur vie active, un alourdissement sensible des charges finançant les retraites. Elle pèserait lourdement sur leur emploi. Par contraste, l’influence défavorable d’une hausse des cotisations seraient beaucoup plus limitée pour les baby-boomers, qui sont relativement proches de leur départ en retraite.

Une hausse de l’âge de la retraite organiserait, en revanche, une paix des braves entre les générations. Tout le monde travaillerait quelques trimestres de plus, profiterait certes un petit peu moins de sa retraite mais gagnerait aussi un petit peu plus de revenus sur l’ensemble de sa vie active. Les études disponibles montrent que les effets ne sont pas très différents d’une génération à l’autre.

Au final, la protection des intérêts de la jeunesse est le grand enjeu caché de la réforme des retraites. La « retraite à 60 ans » est l’autre nom du matraquage fiscal des jeunes par leurs parents baby-boomers. Augmenter l’âge de la retraite est efficace pour la croissance et équitable pour les équilibres intergénérationnels.

  • Choisir une règle d’évolution automatique pour l’âge de la retraite. Une règle d’évolution sur des critères objectifs permet de justifier des hausses mécaniques de l’âge minimum de liquidation de la retraite, évitant une relance des débats en permanence :
    • La réforme « Fillon » de 2003 a introduit un critère d’évolution de la durée de cotisation ouvrant droit au taux plein. Son rythme de relèvement était prévu pour permettre de stabiliser le ratio (durée d’activité / durée de retraite) dans un contexte de hausse de l’espérance de vie. Les gains d’espérance de vie entre travail et retraite étaient ainsi « partagés » entre périodes supplémentaires d’activité et de retraite. Malheureusement, ce critère conduit à un ajustement trop lent de l’âge minimal de liquidation d’une pension (+2/3 d’année par décennie).
    • Beaucoup plus efficace serait une règle prévoyant que l’âge minimal de liquidation augmenterait de façon à stabiliser le ratio de dépendance démographique au cours du temps. Le ratio de dépendance est le rapport (population âgée / population d’âge actif). L’âge effectif moyen de départ en retraite augmenterait alors d’environ 2,5 ans par décennie, soit une hausse de l’âge minimum de liquidation d’un peu plus de 4 ans par décennie, soit un rythme deux fois plus rapide que dans la réforme de 2010 ! Les effets favorables sur le redressement des finances sociales seraient sensibles.
  • Transformer le régime général en un régime par point n’est pas indispensable, mais cette proposition fournit de bonnes idées. La transformation du mode de calcul des retraites par annuités (actuellement utilisé par le Régime Général) en régime par points (comme l’Agirc Arrco ou le système allemand), voire en régime de comptes notionnels (comme en Suède), présenterait des avantages indéniables. Un basculement vers le calcul par points simplifierait le système des retraites aujourd’hui éclaté en de multiples régimes. En effet, la valeur d’achat du point serait presque fatalement identique selon les régimes, qui pourraient ainsi fusionner. Elle mettrait aussi un terme au rôle central joué par le paramètre d’âge de la retraite dans les régimes par annuités. Par exemple, dans les systèmes de comptes notionnels, le montant de la retraite est lié à l’âge de liquidation et à l’espérance de vie de façon à ce que le choix de l’âge du départ en retraite soit pratiquement sans effet sur la valeur actualisée du flux de retraites futures.

Le principal inconvénient d’une transformation en régime par point serait – outre sa terrible complexité organisationnelle, facteur d’incertitude pour les ménages – l’absence de réponse au problème du déficit des retraites. Tout dépendrait du paramétrage du régime par point, comme pour les régimes avec annuités.

Cela dit, un régime par point présente l’avantage intéressant d’être contributif : à savoir, tout euro de cotisation ouvre un droit à un montant de pension de retraite. Il serait aisé de renforcer sensiblement la contributivité du régime général sans basculer vers un calcul par point. Il suffirait pour cela de disposer que le salaire annuel moyen utilisé pour le calcul de la retraite soit calculé en fonction de toute la carrière salariale et non des seules 25 meilleures années. Une telle évolution, qui permettrait de maîtriser quelque peu le montant des pensions versées dans le régime général, soulèverait utilement, par ricochet, la nécessité de mettre un terme à la très inéquitable « règle des 6 mois » dans la fonction publique.

  • Une réforme pour favoriser l’épargne retraite pour tous, notamment dans les PME.

Pour faire décoller l’épargne retraite sans peser sur la consommation, il serait pertinent de généraliser le PERCO[1] en fléchant sur ce produit environ 50% des sommes actuellement versées sur la participation et l’intéressement. Il est donc proposé d’instituer un placement par défaut de l’ordre 50% de l’épargne salariale (participation, intéressement) dans un PERCO avec une clause d’opt out pour préserver la liberté de placement des épargnants. Cette mesure engendrerait un flux de cotisations de l’ordre de 5Md€/an sur les PERCO (sans préjuger des abondements des employeurs et en l’absence d’exercice de la clause d’opt out).

Pour mémoire, la réforme des retraites votée en 2010 prévoyait un fléchage de la seule participation vers le PERCO, à hauteur de 50%, et uniquement pour les entreprises de plus de 50 salariés qui disposaient déjà d’un PERCO au moment du vote de la loi.

La réforme proposée impliquerait donc de généraliser dans toutes les entreprises le PERCO ou, à défaut, l’adhésion à un nouveau système national d’épargne collective d’entreprise. Pour éviter que cette généralisation ne génère des coûts de gestion excessifs, il serait utile de créer un PERCO national par défaut. Sa mise en œuvre pourrait être confiée aux partenaires sociaux gestionnaires de l’AGIRC-ARRCO dont les organismes disposent déjà de l’infrastructure dédiée.

Au total, avec du pragmatisme et de l’audace, il y aurait largement moyen de mener une réforme des retraites en 2013 à la fois efficace, juste et préservant la liberté d’épargne des agents. Espérons que des idéologies d’hier et la tendance de toujours des décideurs publics à une forme de pusillanimité ne pèseront pas sur la poursuite de la seule réforme qui permet de maîtriser la dépense publique tout en stimulant la croissance.

Frédéric Gonand
Professeur d’économie associé à l’Université Paris-Dauphine

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[1] Le plan d’épargne pour la retraite collectif (Perco) permet au salarié de se constituer une épargne, accessible au moment de la retraite sous forme de rente ou, si l’accord collectif le prévoit, sous forme de capital.

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