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The Market, History and customs of a social conquest | GenerationLibre

The Market, History and customs of a social conquest

Dans cet essai paru aux éditions Gallimard, Laurence FONTAINE, historienne et Directrice de recherches au CNRS, dresse un tableau historique, économique et sociologique extrêmement fouillé du marché. En s’inscrivant dans la démarche d’Adam SMITH pour qui « le capitalisme, qu’il nomme système mercantile, est le meilleur des systèmes » dont « les hommes et les Etats peuvent faire la pire des choses », Laurence FONTAINE analyse les nombreuses vertus du marché, d’hier à aujourd’hui, en tant que moyen de « fonder la liberté et la dignité de l’homme sur la capacité donnée à chacun de se procurer par lui-même des revenus suffisants ».

 

Le marché d’hier à aujourd’hui

 
L’émergence du marché comme plateforme mondiale tel qu’on le connaît aujourd’hui fut un long processus dont Laurence FONTAINE remonte le fil pour revenir à ses sources. En Grèce et conformément aux textes des trois grandes religions monothéistes, le commerce est jugé comme une activité indigne, réservée aux métèques, aux étrangers. La religion, parce qu’elle condamne le prêt à intérêt, cherche à brider le capitalisme et réprime la « liberté de choisir ses échanges ». Méfiante, l’Eglise a bien compris que le marché, en diffusant un corpus de valeurs alternatif, risquerait d’agir comme le « ferment d’une possible révolution sociale ». Au crédit et au travail, elle préfère donc le don et la charité.

Deux ruptures majeures convertissent progressivement l’Eglise au marché. La première intervient avec les moines franciscains du XVème siècle qui comprennent le rôle que pourrait jouer l’accès au crédit pour aider les pauvres. La seconde est due à l’émergence du protestantisme, qui opère une transformation des mentalités. Refusant la vie monastique, Luther juge le travail utile et nécessaire en ce qu’il « contraint chaque individu à travailler pour les autres ». Ce sont ensuite les Lumières qui permettront d’extraire la réflexion sur le marché du cadre restreint de la société de statuts, de l’universaliser et de donner naissance à l’économie comme science politique et autonome.

Aujourd’hui international et permanent, le marché est au Moyen-Age local et temporaire. Les marchands vivent au rythme du calendrier des foires et des places de marchés locales. En 1791, l’instauration de la patente porte un coup fatal aux corporations en permettant à tous ceux qui la paient d’exercer leur commerce sur toute l’étendue du territoire. Le marché place sur un pied d’égalité « insiders » et « outsiders ». L’Etat, dès le Moyen-Age, joue le rôle d’arbitre en fixant les prix et réglementant, et assure garantir l’approvisionnement pour éviter les disettes. Le jeu des acteurs est le même qu’aujourd’hui : les marchands jouent sur la diversité des monnaies, des poids et des mesures pour tirer le meilleur profit. L’Etat tire profit de son rôle d’arbitre pour faire avancer ses intérêts et sa politique.

 

Le marché comme moyen d’émancipation

 
Dans la société statutaire et patriarcale traditionnelle, le marché constitue un avant tout un vecteur d’émancipation. « Il permet l’expression des désirs individuels et, avec lui, sème les germes des aspirations à la liberté », permettant d’échapper au déterminisme social. L’expression bien connue de Max Weber, « le marché rend libre », est une réalité historique, d’où la volonté farouche des couches supérieures de la société de brider la société de marché afin de maintenir en place la société de statuts.

Avant la Révolution française, par exemple, un noble ne marchande pas un prix – pratique qui conserve d’ailleurs une connotation péjorative aujourd’hui – mais décide de la valeur des choses, payait en objet plus qu’en argent pour « rendre leur statut visible » et décide du délai de paiement au fil du temps car « l’aristocratie est légitimée par sa proximité avec Dieu et le temps appartient à Dieu ». Les femmes, elles, sont exclues des échanges et restent sous tutelle. Si désormais le marché est, aujourd’hui, accessible au plus grand nombre, c’est l’explosion des échanges marchands qui a permis de faire voler en éclat l’économie hiérarchisée.

Selon le modèle de la tripartition du marché élaboré par Fernand BRAUDEL, le marché est hiérarchisé, et la réussite verticale de la figure du « self-made man » est impossible. Au premier étage fourmillent les acteurs locaux, paysans et colporteurs, qui sont dans et hors du marché ; au niveau intermédiaire figurent les boutiquiers qui incarnent l’économie de marché et sont soumis à la concurrence ; enfin, au dernier niveau se constitue le capitalisme, « le visiteur du soir [qui] arrive quand tout est déjà en place ». Fernand BRAUDEL distingue capitalisme et économie de marché en scindant le marché en deux : d’un côté, les échanges « dont chacun connaît à l’avance les tenants et les aboutissants » qui animent la libre concurrence ; de l’autre, les échanges à longue distance qui « se débarrassent des règles du marché traditionnel » et constituent le capitalisme, responsable de tous les maux de l’économie.

Le marché, en supposant une égalité de statut, a ainsi permis de mettre fin à cette société d’ordre et au patriarcat. Synonyme de liberté, le marché a joué le rôle de « ferment de libération des sans-statuts et en particulier des femmes » et leur a ouvert un espace d’autonomie.

 

Le marché comme outil de lutte contre la pauvreté

 
Le marché a, par ailleurs, permis de sortir les pauvres de la situation de dépendance que perpétuait la charité. Pour SIMMEL, c’est la relation d’assistance qui définit le pauvre. Alors que le don était « derrière l’apparence de générosité, la manifestation de la puissance du donneur et du lien de dépendance qui lie désormais à celui-ci le récipiendaire », le marché est synonyme de liberté. Il permet de sortir la pauvreté de la mendicité stricto sensu. Comme le note Adam SMITH, « même si le mendiant est obligé de « se résoudre à dépendre de la bienveillance d’autrui », il agit comme tous les autres hommes qui satisfont leurs besoins « par traité, par échange et par achat » (…) Le marché, même dans ce cas de nécessité, demeure une liberté par la faculté qu’il laisse à chacun de choisir les échanges qui lui conviennent le mieux ».

Le marché, hier comme aujourd’hui, est au cœur de la lutte contre la pauvreté. « Une étude récente relève que dans les pays en développement, 61% des sorties de la misère résultent de l’initiative des individus ». Le même phénomène s’observe au XVIIIe siècle : une enquête a montré que les villages en Castille les moins endettés étaient ceux situés à proximité des villes et de leurs marchés. Aujourd’hui, faciliter l’accès au marché est la logique qui sous-tend l’ « aide directe » : « certaines ONG commencent à penser qu’il vaut mieux, pour libérer les initiatives, donner, dans certains cas, de l’argent aux plus pauvres pour les laisser entrer à leur gré dans le marché, plutôt que de leur donner des sacs de nourriture ».

Le marché est ainsi reconnu comme « un élément fondamental dans les stratégies des individus pour lutter contre les crises économiques » et encourage des comportements vertueux. Au Brésil, la « bolsa famillia » mise en place par le président Lula consiste à verser une aide mensuelle aux familles à condition que leurs enfants soient scolarisés jusqu’à 17 ans et que leur carnet de vaccination soit à jour. Selon Muhammad Yunus, l’entrepreneuriat social – ou social business – permet ainsi d’apporter des réponses concrètes à des problèmes sociaux que l’Etat ne parvient à résoudre. De la même façon, faire participer le « bas de la pyramide » à la création de valeur permet « de ne pas considérer les plus pauvres comme d’abord des receveurs d’aide (…) mais comme les membres actifs d’une communauté ».

Aujourd’hui, en raison de la fragilisation du salariat notamment, le désir de réinvestissement du marché se retrouve aussi dans nos sociétés occidentalisées. Le succès d’eBay et autres plateformes de vente en ligne en sont des exemples concrets.

 

Logiques et faiblesses du marché

 
Le marché, dans sa globalité, ne peut naturellement s’appréhender sans prendre en considération « la malhonnêteté commerciale » (Condorcet) que constituent les appropriations privées du marché. La fraude, le monopole, le lobbying, les conflits d’intérêt et la rétention d’information entravent le bon fonctionnement du marché. « Lieu possible de toutes les tricheries et de toutes les violences », le marché peut devenir moralement inacceptable en raison des comportements des agents qui y interagissent. Laurence FONTAINE juge, à ce titre, nécessaire d’engager une réflexion sur les logiques négatives du marché afin de pallier certains obstacles, comme la difficulté de prévoir à long-terme, et réfléchir, comme ce fut le cas par le passé, à la notion de « bien public ».

L’histoire des marchés est, ainsi, allée de pair avec celle de la régulation et de leur encadrement juridique, afin que le marché demeure « un bien public ouvert à tous, lieu d’opportunités d’amélioration, voire d’accès à un mieux-être à commencer (…) pour les plus démunis ». Les règles se sont construites au fur et à mesure, à l’initiative d’un groupe, au bénéfice de certains et au détriment d’autres, et l’économie est progressivement devenue un secteur régulé.

Pour conclure cette histoire pragmatique et extrêmement fouillée de la conquête sociale du marché, Laurence FONTAINE rappelle que « l’individualisme est une partie de l’équation multi séculaire et non une évolution née des dérégulations du capitalisme contemporain ». Un rappel utile aux chantres du collectif de nos jours.

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